En synthétisant un grand nombre de vidéos, d’articles de presse, de livres et de blogues, faisons le point sur que signifie le titrage de la laine Super 100s, 120s etc. Il ne s’agit pas d’un article définitif sur le titrage des laines mais plutôt d’une synthèse communautaire qui ne demande qu’à être améliorée et complétée par vos commentaires.

Vous croiserez parfois lors de vos recherches de costumes en sur mesure ou en prêt à porter des vendeurs ou conseillers qui ne cesseront de vous répéter qu’un titrage de laine Super 170s et mieux (et plus cher) qu’un Super 100s. Vrai ou faux, faisons le point sur la classification des laines et ce fameux titrage. D’où vient cette appellation ? Comment cela fonctionne ? Est-ce un gage de qualité pour la laine ?

Titrage de la laine, Super 170s veut dire une meilleure qualité que Super 100s ?

Non. Un grade ou titrage de la laine plus élevé signifie juste et c’est déjà ça, que la fibre utilisée pour faire le fil de laine puis le tissu est plus fine. Ni plus, ni moins. Cela n’est ni mieux ni moins. Car la finesse de la fibre de laine est loin d’être le seul facteur agissant sur la qualité d’une laine. Une fibre plus ou moins fine sera plus adaptée à une utilisation et moins à une autre. Don cela signifie que le choix de la laine dépend de l’utilisation prévue pour le costume.

En résumé, plus le titrage de la laine est élevé plus la fibre de laine est fine. C’est l’usage prévu pour le costume qui indique quel titrage de laine choisir ou inversement le titrage de la laine vous indiquera à quelle activité réserver votre costume.

Si le titrage d’une laine s’inscrit dans un ensemble de critères qui servent à définir la qualité d’une laine, je préfère le mot de caractéristiques. On entend bien ici la différence entre qualité qui peut inviter naturellement à classer avec moins bonne ou meilleure qualité et caractéristique qui décrit des aptitudes et des critères. Aptitudes et critères à sélectionner en fonction de la destination du costume.

Alors quels sont les facteurs, étapes et process qui aboutissent à un ensemble de caractéristiques pour une laine ?

Afin de pouvoir apporter une réponse, nous devons bien préciser que le titrage de la laine , Super 100s par exemple, dont nous parlons depuis le début de l’article s’applique à la fibre de laine. Or on ne confectionne pas un costume avec des fibres de laines … mais avec un tissu, lui-même tissé à partir de fils, fils eux même filés avec des fibres.

Différentes fibres au microscope – Source : https://www.bonnegueule.fr/pourquoi-votre-pull-a-t-il-retreci-au-lavage/

On comprend donc aisément qu’entre 2 stocks de laine Super 100s, filés puis tissés par des intervenants différents il est impossible d’en obtenir les mêmes caractéristiques. Pour mémoire, il y a un long chemin entre la fibre et le tissu. La fibre sera lavée, cardée, peignée, défeutrée, teinte, filée et enfin tissée. Le tissu obtenu à cette étape ne sera pas utilisé tel quel. il va subir un grand nombre d’opérations de traitements et de finition, encore un nouveau lavage pour terminer d’ôter la lanoline naturelle de la laine, un rétrécissement plus ou moins important, des opérations pour obtenir un toucher (par exemple, les flanelles sont brossées au chardon pour lever les fibres), un éventuel foulage, pour le feutrer de manière plus ou moins importante, et bien d’autres.

Biella en Italie – Région historique des filatures

C’est l’ensemble de ces opérations qui va définir ce que l’on appelle la « main ». On voit que la finesse de la fibre de départ n’est vraiment qu’un élément parmi de nombreux autres. On conçoit donc aisément que les choix et la maitrise des intervenants vont avoir une grande incidence sur le résultat final. Ainsi un tissu en Super 100s d’une grande maison reconnue pour son expertise pourra avoir un bien meilleure main qu’un tissu en Super 150s issu d’une obscure manufacture exotique.

En savoir plus sur le cardage

Retenons aussi que cette classification ne peut pas être utilisée en cas de mélange (par exemple pour un tissu associant à de la laine du lin ou de la soie). De plus ce titrage est réservé aux laines peignées (worsted) donc inutilisable pour les tweeds (laines cardées – woolens). Enfin, d’autres fibres peuvent être mélangées à la laine afin d’en modifier ses caractéristiques comme par exemple du cachemire, du mohair, du chameau, de la vigogne, du vison, de l’angora. Et pour complexifier encore ces autres fibres moins conventionnelles ont leur propre système de classification qualitative.

Vous trouverez ici, la reprise d’un article parfaitement clair et détaillé publié par Paul Grassart (dont le site ne semble plus fonctionner) et largement mentionné par un des très utiles articles de Hugo JACOMET.

Qu’est-ce que la qualité d’une laine ? Caractéristiques de la laine.

La qualité d’une laine est l’ensemble des critères permettant de décrire la fibre de laine, c’est à dire le poil du mouton (on parle ici des fibres, pas du fil qui en sera fait ultérieurement).

La laine est aujourd’hui classifiée à l’état brut, juste après la tonte. Les caractéristiques prises en compte sont :

  • L’animal d’origine : race (les moutons produisant la laine la plus fine sont de race mérinos), âge de la bête (les fibres sont généralement de plus en plus épaisses avec l’âge)
  • Les traitements chimiques apportés à la toison
  • La présence de poil : une toison se compose de poil et de duvet (regardez une fourrure de chat ou de chien pour distinguer les deux : le poil, ce sont les fibres longues, celles qui forment « l’extérieur » de la fourrure, alors que le duvet, ce sont les fibres plus courtes et plus douces, qui restent à « l’intérieur ». Seules les fibres de duvet sont utilisables)
  • La couleur : plus la laine est blanche, plus elle se prêtera à la teinture en couleurs claires
  • La présence de taches (à retirer de la toison)
  • La longueur moyenne et le diamètre moyen des fibres (évalués objectivement par des appareils portables de mesure optique du diamètre, ou par envoi d’échantillons en laboratoire pour analyse avec un appareil appelé Laserscan)
  • Les « ondulations » ou « frisotures » (crimp) des fibres : la laine de mouton est naturellement frisée. On évalue le nombre de torsades de la fibre par unité de longueur, sachant que plus la fibre est frisée, plus elle est globalement fine, et plus elle se prêtera au filage de fils fins. Les fibres peu torsadées ont tendance à feutrer naturellement (c’est à dire à s’agglomérer entre elles), ce qui les rend peu propices au filage.
  • La résistance mécanique de la laine (résistance élastique), qui détermine la capacité de la laine à subir les traitements de filage, tissage et finition. Les laines les moins résistantes produisant beaucoup de déchet lors du cardage et du peignage, on les emploiera plutôt pour la production de feutres, ou en mélange avec d’autres fibres

On le voit, il y a beaucoup de critères à prendre en compte pour trier la laine par catégories homogènes. Ce tri est effectué par des spécialistes, juste après la tonte de l’animal. On ne trie d’ailleurs pas les toisons entières, mais des parties d’entre elles. En effet, ces caractéristiques sont différentes selon l’emplacement sur l’animal. Lors de la tonte, on sépare soigneusement ces différentes parties, qui sont toutes évaluées indépendamment.

Suite à cette première classification, les fibres sont assemblées en balles de laine relativement homogènes, dont le format est strictement normalisé, et qui sont vendues aux enchères. Les balles font l’objet d’une seconde analyse de fibres, en laboratoire, par carottage de la balle. Cette évaluation précise alors le diamètre moyen observé, ainsi que le coefficient de variation autour de ce diamètre.

D’où vient le mot Super dans le titrage de la laine et quelle en est l’origine ?

Comme déjà évoqué au début de l’article, le mot Super indique la finesse des fibres de laine. Plus le chiffre est grand et plus la fibre est fine. La finesse de la fibre est mesurée grâce au diamètre moyen et ce diamètre est exprimé en microns sachant que dans un millimètre il y a 1000 microns. A titre de comparaison, retenons qu’un cheveu fait entre 50 et 60 microns.

Selon l’IWTO (International Wool Textile Organisation) les Supers sont codifiés de la façon suivante :

QualitéDiamètre maximal des fibres
SUPER 80’s19.75 µm
SUPER 90’s19.25 µm
SUPER 100’s18.75 µm
SUPER 110’s18.25 µm
SUPER 120’s17.75 µm
SUPER 130’s17.25 µm
SUPER 140’s16.75 µm
SUPER 150’s16.25 µm
SUPER 160’s15.75 µm
SUPER 170’s15.25 µm
SUPER 180’s14.75 µm
SUPER 190’s14.25 µm
SUPER 200’s13.75 µm
SUPER 210’s13.25 µm
SUPER 220’s12.75 µm
SUPER 230’s12.25 µm
SUPER 240’s11.75 µm
SUPER 250’s11.25 µm

Pour ceux qui veulent approfondir le sujet sur l’origine du Supers, vous trouverez ci-dessous la suite de l’article de Paul Grassart :

A travers le temps, et dans les différents pays, la classification de la laine s’est faite selon divers systèmes. Les Supers sont les héritiers du système de Bradford, aussi appelé English Worsted Yarn Count System (et oui, la laine cardée, woolen, a un autre système de classification !), spinning count ou Bradford count.

Les experts lainiers de la ville de Bradford évaluaient la laine (à l’oeil et au touché) en estimant le nombre d’écheveaux de 560 yards (en un seul fil) pouvant être produites (par un filateur expérimenté) à partir d’une livre de « top ». Le « top » est de la laine lavée, cardée et peignée, dont toutes les fibres sont alignées, prête donc à être filée.

On parlait ainsi de laine de qualité 36s, 44s, etc. les plus fines atteignant les 80s (plus de 40 km de fil à partir d’une seule livre de laine !).

Tant qu’on y est, c’est de ce système que vient le petit « s » dans Super 100s. C’est l’abréviation de « skein » (écheveau).

Les limites de ce système sont atteintes par la fiabilité toute relative d’une expertise humaine, qui de plus reposait beaucoup sur l’étude de la torsion naturelle des fibres de laine (qui forment des torsades en tire-bouchon), sachant que le nombre de tours au pouce est plus ou moins corrélé à la finesse de la fibre. Des systèmes de classification des fibres de laine plus objectifs ont été progressivement mis en place à partir des années 1960, même si le système de Bradford reste très utilisé par les éleveurs comme première approche.

Le « plafond » de ce système était le 80s, qui était qualifié de laine fine. Lorsqu’on a réussi à produire des laines atteignant le 100s, on estimait là avoir une qualité exceptionnelle : le 80s était déjà de la laine fine. Cette laine extra-fine s’est donc vu qualifiée de « super-fine », ou « super ».

A titre de comparaison avec les Supers, voici les diamètres des différentes qualités :

Type de laineBlood systemBradford CountMicron System
FineFinePlus fin que 80sMoins de 17.70
FineFine80s17.70 — 19.14
FineFine70s19.15 — 20.59
FineFine64s20.60 — 22.04
Medium1/2 blood62s22.05 — 23.49
Medium1/2 blood60s23.50 — 24.94
Medium3/8 blood58s24.95 — 26.39
Medium3/8 blood56s26.40 — 27.84
Medium1/4 blood54s27.85 — 29.29
Medium1/4 blood50s29.30 — 30.99
EpaisseLow 1/448s31.00 — 32.69
EpaisseLow 1/446s32.70 — 34.39
EpaisseCommon44s34.00 — 36.19
Très épaisseBraid40s36.20 — 38.09
Très épaisseBraid36s38.10 — 40.20
Très épaisseBraidMoins de 36sPlus de 40.20

Pour mémoire, ce tableau fait aussi mention du « blood system ». C’était une classification américaine, qui remonte à l’introduction au Nouveau Monde du mouton mérinos, réputé produire la plus fine des laines parmi toutes les races de mouton. Pour augmenter la taille du cheptel, le mérinos était croisé avec d’autres races déjà élevées localement. Lorsqu’il était « pur sang », sa laine était qualifiée de « fine ». Le croisement avec une autre race en diminuait la finesse, et selon le degré de croisement, on avait les qualités « demi-sang », « 3/8 de sang », « quart de sang », etc.

Je l’avais indiqué au début, la race fait partie des critères de qualité de la laine. Voici les caractéristiques de la laine produite par les principales espèces de moutons lainiers (c’est à dire les races élevées pour leur toison, et non pour leur viande) :

Blood SystemLongueur des fibres (pouces)Compte de BradfordMicrons
Merino 80’sFine Wool2,580’s-64’s18 — 22
Rambouillet70’s-60’s19 — 25
New Zealand Merino 64’s1/2 Blood370’s-60’s20 — 25
Targhee & Romeldale62’s-58’s22 — 26
Corriedale & Columbia62’s-46’s22 — 34
Southdown60’s-50’s24 — 31
Blue Faced Leicester3/8 Blood3,560’s-56’s24 — 28
Suffolk, Dorset Horn, Montadale58’s-50’s25 — 31
Finns & Cheviot1/4 Blood458’s-48’s25 — 32
Oxford50’s-46’s29 — 34
RomneyLow 1/44,548’s-44’s31 — 36
Border LeicesterCommon546’s-40’s33 — 38
Lincoln & CotswoldBraid640’s-36’s37 — 40

Alors revenons à nos moutons, pourquoi choisir un titrage Super 120s ou Super 170s ? Quel titrage de laine de la laine choisir ?

Comme évoqué plus haut c’est l’usage du costume qui va dicter le titrage à sélectionner, voici les grands principes à retenir :

En prenant le raccourci que les laines fines sont utilisées pour faire des tissus légers ou super légers (220g/m voire moins), ce qui n’est ni une évidence ni une obligation, mais à quoi bon réaliser un tissu lourd avec des fibres fines ? (un autre sujet sur lequel revenir), alors le costume obtenu à partir de ces tissus Super 150s et plus sera :

Etiquette Loro Piana – Laine Super 120s

  • Plus froissable voire beaucoup plus froissable. Inutile d’envisager un costume avec ce titrage de laine pour voyager en avion régulièrement sauf si l’aspect froissé du lin est séduisant à vos yeux. Dans la même idée c’est inutile si vous passez des heures en voitures. Même si certains drapiers parviennent à confectionner des Super élevés qui froissent peu)
  • Plus fragile, donc attention aux zones en frottement (entrejambe et longue marche, coudes sur la table ou les accoudoirs, port d’un sac en bandoulières) qui vont vite se marquer et s’user.
  • Plus exigeant en ce qui concerne l’entretien. Si vous souhaitez garder longtemps ce genre de costume, oubliez le nettoyage à sec et le pressing. Donc il conviendra de réaliser soi-même un entretien traditionnel ou plus surement de le confier à un spécialiste (et de prévoir un certain budget)
  • Plus difficile à travailler, si vous aimez les tombés propres, nets et sans ondulations. La laine fine à tendance à bouger sous la machine, la confection devient délicate et il faudra s’orienter vers une grande mesure et une couture main (mieux mais un autre budget).
  • Plus brillant, c’est-à-dire qu’un tissu avec un titrage élevé aura tendance à prendre la lumière d’une façon différente, il sera, surtout neuf, brillant un peu à la façon d’un brillant clinquant, pas forcément le rendu que l’on recherche pour un style classique et discret. C’est ici une affaire de goût personnel.
  • Plus difficile à conserver durant de nombreuses années à cause de sa fragilité, sauf à le porter peu souvent.

Alors Super 150s mieux que Super 100s ? On le conçoit bien à la lecture du précédent paragraphe, certainement pas, tout dépend de l’usage que l’on fait du vêtement. Une longue promenade à la campagne ou encore une partie de pêche s’accordera bien mal avec un tissu en Super 180s et plus. Pour cette activité une laine épaisse, par exemple un tweed, sera bien plus adapté.

Veste de chasse Artling

A quoi servent donc les tissus en titrage de laine élevés, Super 150s et plus ?

Ils permettent aux drapiers de vendre leurs tissus plus chers car techniquement plus compliqués à fabriquer et plus sérieusement, ils permettent de :

  • D’obtenir un brillant particulier qui peut plaire à certains (mais qui aura tendance à passer avec le temps, surtout en cas d’entretien classique mais c’est un autre sujet.
  • De faire confectionner des pièces particulièrement légères, utile en période estivale (mais pour un résultat équivalent on peut s’orienter vers une laine froide de type Fresco ou vers une veste demi-doublée).
  • D’obtenir un tombé particulièrement souple, « aérien » (attention toutefois car l’expertise des drapiers permettent d’obtenir des tombés très souples même avec des titrages moins élevés et la confection demande du talent, ces tissus très fins sont compliqués à travailler).
  • D’avoir le sentiment de porter un costume réalisé dans un tissu d’exception avec les inconvénients déjà mentionnés.
  • De se faire plaisir pour la réalisation d’une pièce destinée à un évènement particulier majeur comme un mariage, une prise de parole publique de grande importance, une visite protocolaire, etc.

En conclusion le mieux reste encore de demander à votre tailleur des conseils et des informations sur les tissus et le titrage de la laine. Vous ferez un choix éclairé et surtout c’est grâce à un échange nourri avec votre tailleur que vous aurez le plus de chance d’obtenir un résultat au plus proche de ce que vous vous êtes imaginé. Et cela aucun site internet ni aucun process de digitalisation ne saura le remplacer, et c’est heureux !

A bientôt pour de nouveaux articles ! Et pour retourner sur la page d’accueil c’est ici.

« Avoir raison ou être heureux, il faut choisir ». Bises. Thierry

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